Les taux bas vont coûter cher !

Il y a trois jours (Avis du 26/12/2019), la Banque de France publiait les seuils de l'usure* qui seront applicables pour 2020, et, sans surprise, ces seuils sont en recul comparés à ceux de la précédente publication d'octobre 2019 : 2,60 % (2,67 % en octobre 2019) pour les prêts immobiliers à taux fixe d’une durée inférieure à 10 ans ; 2,51 % (2,67 % en octobre 2019) pour les prêts d’une durée comprise entre 10 ans et moins de 20 ans ; 2,61% (2,77 % auparavant) pour les prêts de 20 ans et plus, à 2,36 % pour les prêts à taux variables (2,41 % auparavant) et à 2,92 % (2,99 % auparavant) pour les crédits relais.


* taux effectif moyen pratiqué par les établissements de crédit majorés d'un tiers


Le 5 décembre précédent, la Banque de France (activité des statistiques) indiquait que le volume des crédits à l'habitat poursuivait sa croissance (24 Milliard d'Euro en octobre 2019, soit un plus haut depuis deux ans), au taux moyen, toutes durées confondues, de 1,24%.


Elle précise qu'un tiers de cette production provient de renégociations.(https://www.banque-france.fr/statistiques/credit/credit/credits-aux-particuliers)


Contrairement aux idées reçues ou au présentations simplistes, cette situation n'est pas une aubaine, ni pour la banque, ni pour l'emprunteur.


Pour la banque, qui doit intégrer dans ces "mini-taux" : a) le coût du refinancement ; b) le coût du risque et c) le coût de son réseau commercial. Mais symétriquement, en empruntant pour se refinancer elle profitera des taux quotidiens EONIA et EURIBOR négatifs, toutes durées confondues, autour de - 0,45%, et empochera sa commission d'assurance groupe.


Soit 1,24 + 0,45 + 0,10 = 1,79% de gains attendus (non actualisés). La finance a connu des jours meilleurs. D'où une multiplication des volumes produits et un rehaussement significatif des taux des crédits à la consommation, plus risqués, mais plus rentables (taux moyen 2019 : 3,5%).


Pour l'emprunteur dont le profil présente des risque (les "non grata" dans le langage autorisé), il sont exclus du bénéfice des taux bas, compte tenu du fort resserrement des critères appliqués par les dispensateurs de crédits à taux bas, et doivent se rabattre sur un empilement de crédit personnels non affectés pour financer leur logement ... à 3,5%.


Pour ceux dont le profil présente moins de risques, (peu ou pas de risque de défaut), ils n'ont tendantiellement pas intérêt à emprunter puisque les taux vont continuer de baisser, qu'il s'agisse des taux du crédit ou de ceux des assurances.


Il peuvent, à leur tour, espérer des taux négatifs, si le risque de défaut est noté comme nul.


Reste l'intérêt des emprunteurs ayant déjà emprunté à des taux qui aujourd'hui semblent stratosphériques.


Indiscutablement, ils ont intérêt à changer d'assurance sur les risques vie et non vie, si l'assurance est comptée sur le capital empruntée.


Mais ont-ils réellement intérêt à se refinancer à taux bas ?


La réponse ne va pas de-soi.


Tout en est fonction de la structure du crédit en place, de sa durée initiale, des options disponibles, et de l'avancement de l'amortissement.


Refinancer à 1,5% hors assurance un crédit amorti depuis 10 ans à 4,60% peut coûter plus cher que d'achever ce qui est déjà en place.


C'est plus que probable si l'amortissement d'origine est un amortissement constant, ou linéaire, et que les frais ont été prélevés au déblocage des fonds.


Dans l'hypothèse d'un crédit à amortissement constant, sur 15 ans, à 4,5%, la part des intérêts réglés à la fin de la dixième année ne représente plus qu'un taux actuel autour de 1,2%, qui va décroître très rapidement au cours des 60 mois suivants.


Cet emprunteur n'a donc absolument aucun intérêt à refinancer son dossier, et s'exposer aux frais supplémentaires liés aux transport des garanties, aux nouveaux frais de dossiers et aux frais de courtage, qui propulseront un TAEG proche des seuils rappelés plus haut.


La situation est radicalement inverse en cas de crédit in fine. Il faut refinancer cette opération coûteuse et dangereuse, dans laquelle le taux actuel des intérêts est resté au niveau du taux d'origine, et si possible, revenir sur un crédit amortissable, quitte à travailler la durée du refinancement.


Un constat quasi-identique peut être fait si le crédit - comme c'était très en vogue entre 2009 et 2015 - comporte des paliers en progressivité.


En somme, l'intérêt d'un refinancement à taux bas n'existe que dans des situations ciblées et particulières, et nécessite une analyse très fine, qui doit aller bien au delà de la simple comparaison des taux.


En dehors de ces quelques situations, qu'une analyse financière très approfondie peut identifier, les taux bas coûtent cher !